Les Phalliques
Tragédie
1689

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20 pages


Littérature

Alors qu'il déambulait dans les caves du Vatican, à la recherche de quelques flacons destinés à noyer le profond chagrin de n'avoir pas été élu au trône de Saint Pierre, notre Cardinal bien aimé (surtout des demoiselles), en furetant dans le fond d'une caisse - nous savons que le Cardinal apprécie les fouilles curieuses - eut la divine surprise d'y découvrir un manuscrit, jusqu'alors ignoré, de notre grand auteur tragique : Jean Racine.

Cette tragédie en deux actes, écrite concomitamment avec Esther et destinée à l'édification des demoiselles du Pensionnat Royal de Saint-Cyr n'eut pas l'heur de plaire à Madame de Maintenon qui, dans une lettre au Marquis du Bouton Sauté Dutiroir de la Commode, déclarait que l'intense vérité des caractères, la cruelle violence des passions, lui semblaient devoir effaroucher ses protégées. Rejeté par la Cour, ignoré par la Ville, ce chef d'oeuvre de subtile délicatesse et de sublime poésie tomba dans l'oubli.

Ce manuscrit, enfoui dans la bibliothèque d'un couvent de carmélites, fut dérobé par Mussolini et offert par ce grand humaniste à son copain Pie XII qui songea à le publier sous forme de bulle et à en faire le thème de réflexion d'un concile oecuménique. Son rappel à Dieu nous priva de ce qui aurait été, sans aucun doute, un grand moment de la pensée religieuse au XXième siècle.

Le Cardinal de Marsa qui déteste bâcler les rites et milite pour la défense de la messe, s'est donc penché sur ce précieux document. Ce faisant, son dessein n'était pas d'empiler les incunables mais de répandre avec vigueur sa semonce dans les camps de la Principauté de la Gamassade.

Que Dieu l'assiste et béni soit-Il !!!

Annexes :

Deux liens vers des pages de ce site présentant :
Annexe I - les échanges houleux de messages entre les détenteurs de la vraie authentique version originale véritable des Phalliques, son origine, sa publication ou non. En bonus, un magnifique épilogue en alexandrins.
Annexe II - Des illustrations en rapport à (et sans rapport avec) cette tragédie.


Les Phalliques
Tragédie
1689

ACTE I
SCENE PREMIERE : SOTOPINE, CLITORIS

SOTOPINE
Ah ! Chère Clitoris, dis-tu la vérité ?
Je ne puis croire encore à ma félicité !
Le doute dans mon coeur a planté mille épines.
Va-t-on revoir Phallus auprès de Sotopine ?
Depuis deux ans mon doigt remplace mon époux,
Et je n'ose espérer connaître un sort plus doux.

CLITORIS
Puisqu'il faut vous convaincre en dépit de vous-même,
Sachez que l'on a vu le sage Tréponème
Précédant votre époux et ouvrant le chemin
Approcher de ces lieux le polar à la main.
Madame, il faut cesser de répandre des larmes,
Phallus, heureux et fier du succès de ses armes
Aspire à vous baiser ; il revient à Paphos,
Après deux ans passés à combattre Lesbos !

SOTOPINE
Un amoureux frisson m'excite l'épiderme.
Déjà je sens en moi le jet dru de son sperme.
Ah ! Ce n'est pas en vain qu'il est roi de Paphos !
Son instrument énorme est plus raide qu'un os,
Et le taureau de Crête abattu par Hercule,
N'a par comparaison qu'un sexe minuscule.
Ah ! Chère Clitoris, je vais faire l'amour,
Je vais enfin jouir, Phallus est de retour !

CLITORIS
Madame, modérez ces transports hystériques,
Voici Sucepénis, l'orpheline lubrique.


SCENE II : SOTOPINE, CLITORIS, SUCEPENIS

SOTOPINE
Ici, Sucepénis ? Je m'étonne à vous voir.

SUCEPENIS
Madame, comme vous, j'ai le droit de revoir
Un mandrin dont l'absence a causé ma détresse.

SOTOPINE
Phallus est mon époux.

SUCEPENIS
Moi, je suis sa maîtresses !

SOTOPINE
Il est vrai qu'au mépris des règles du bon ton,
Vous avez, de Phallus, astiqué le bâton.
Pourtant, souvenez-vous, exécrable punaise,
Que vous vîtes le jour en Parthénogenèse.
Cet étrange royaume où, comme chacun sait,
Les enfants, pour parents, ont un tube à essais.
Nul ne vous réclamait, c'était en éprouvette.
Et sans doute alliez vous finir dans la cuvette
De quelque cabinet. quand un heureux destin
Fit s'égarer Phallus en ce pays lointain.
Emu de votre sort, il vous mit dans sa poche,
Et ici revenant. vous fit nourrir sous cloche.
C'est ainsi qu'à Paphos, en toute liberté,
Vous avez par nos soins atteint la puberté.
Hélas! Au premier feu qui vous brûla la chatte,
Ce fut à mon époux que vous vous attachâtes !

SUCEPENIS
L'amour comme un bon plat demande un beau couvert.
On sait que dans mon lit Phallus a découvert
Des plaisirs raffinés dont l'audace le trouble.

SOTOPINE
Dix coups toutes les nuits, et quelquefois le double,
M'ont assez démontré son goût pour mes appas.

SUCEPENIS
On tirerait cent coups quand c'est "à la papa" !

SOTOPINE
Ma façon de baiser vaut bien celle des autres.

SUCEPENIS
Laissez-moi préférer ma méthode à la vôtre !
Avec moi votre époux se déchaîne à des jeux
Dont l'inédit toujours est le superbe enjeu.
Il a, de tout mon corps, reniflé la surface.
Ce sont là souvenirs que jamais rien n'efface.
Et puisque c'est ce soir qu'il revient du combat,
Phallus, avant la nuit, sera la tête en bas,
Allongé dans mon lit pour conter ses prouesses,
Et ce noble récit sera fait à mes fesses.

SOTOPINE
Assez ! Sucepénis, c'est déjà trop d'horreur.
Mais ne triomphez pas, vous êtes dans l'erreur.
Je saurai vous prouver sans beaucoup d'insistance
Qu'on peut se contenter du plat de résistance,
Que toujours le hors-d'oeuvre est un mets superflu,
Que jamais mon époux n'y retouchera plus,
Et...

CLITORIS
Madame, voici Tréponème !

SOTOPINE
Qu'il entre,
Puisqu'il précède ici l'espoir de mon bas ventre.


SCENE III : SOTOPINE, SUCEPENIS, TREPONEME

TREPONEME
Souffrez qu'à vos genoux je tombe prosterné.

SOTOPINE
Ami, relève-toi.
(à part) Mais quel air consterné !

TREPONEME
Madame,

SOTOPINE
Je comprends d'où vient ta réticence.
Sucepénis, ici, imposant sa présence
Paralyse le flot d'un discours langoureux
Que m'adresse par toi un époux amoureux.

TREPONEME
Non Madame, au contraire, elle doit tout entendre,
Puisqu'ici comme vous, elle paraît attendre
Que revienne celui qui était votre époux
Et dont l'énorme noeud rendait les dieux jaloux.
Mais il faut vous garder d'un désespoir funeste,
Quand vous verrez Phallus... Du moins ce qu'il en reste !
Car s'il a de Lesbos pris tous les étendards,
Aux mains des ennemies il a laissé son dard.

SOTOPINE
Oh ! L'horrible attentat digne d'un régicide !

SUCEPENIS
Comment est-ce arrivé ? Qui est le pafficide ?

TREPONEME
Nous touchions à la fin de deux ans de combat
Menés contre Lesbos. Après un court débat
Phallus donne la paix à la reine gougnote,
La belle Anticoït, dont la pâleur dénote
Un goût immodéré pour l'amour féminin.
Elle accepte nos lois et de sa propre main
Déculotte Phallus en lui disant "Je t'aime !"
J'avertis notre roi de craindre un stratagème ;
La gougnote, en effet, se roulant à ses pieds,
Sollicite l'honneur de lui faire un pompier.
Phallus en est charmé, il ne balance guère,

Car n'ayant pas joui pendant deux ans de guerre
Son sexe atteint, Madame, un volume record !
A l'offre qu'on lui fait, il donne son accord.
Alors Anticoït, dans un élan farouche,
Introduit tout entier le polar en sa bouche,
Et puis serre les dents ainsi qu'un massicot.
Votre époux jette un cri que répète l'écho.
Hélas! Il est trop tard ! A quatre pas, dans l'herbe,
La perfide a craché son instrument superbe.
Du camp de nos soldats monte un cri furieux.
Les prêtres aussitôt interrogent les Dieux :
Que doit faire Phallus ? Alors, dans le silence
Que trouble seulement la chute d'une lance,
Le ciel rend cet arrêt : puisqu'il est dévoré,
Qu'il aille chez les Grecs pour s'y faire dorer.
Madame, c'est ainsi que loin de nos rivages,
Traînant Anticoït réduite en esclavage,
Nous avons visité la Grèce en son entier.
Et c'est là que Phallus a trouvé l'amitié
Qui l'enchaîne à Sphincter, souverain des Pédales,
Descendant de Lanus et de Sardanapale.
Il s'en trouve si bien qu'à nos yeux étonnés
L'affront d'Anticoït a été pardonné.
Il répète sans cesse, afin qu'on s'en souvienne,
Qu'il doit un grand bonheur aux dents de la Lesbienne.
Et d'ailleurs, dès ce soir, avec Phallus, ici,
Vous verrez le Pédale, et la Gougnote aussi.

SOTOPINE
Quel affligeant récit. Ah! Dieux, est-il possible
Que je sois pour Phallus une inutile cible ?

SUCEPENIS
Tréponème, sans doute a voulu nous tromper.

SOTOPINE
Il a perdu l'esprit, s'en est trop fait conter.
Et puisqu'au même état son discours nous ravale,
Venez, Sucepénis, cessons d'être rivales.
Allons attendre ailleurs que Phallus triomphant
Montre à nos yeux ravis sa trompe d'éléphant.
(Elles sortent)

 
SCENE IV : TREPONEME seul

TREPONEME
Parce que notre roi a pris des goûts de lope,
Je me fais insulter par ces tristes salopes.
Mais j'aperçois Phallus. Son confident secret,

Prépuce est avec lui. Je me montre discret.
Mon zèle ici payé par cette ingratitude
Ne s'intéresse plus à tant de turpitude.


SCENE V : PHALLUS, PREPUCE

PHALLUS
Prépuce, un noir souci me dévore le coeur.

PREPUCE
Seigneur, de quel souci peut se plaindre un vainqueur ?

PHALLUS
Après deux ans passés, je reviens où j'habite,
Mais j'ai le déplaisir d'y revenir sans bite.

PREPUCE
Le peuple de Paphos, par ses transports joyeux
Vous montre son amour, pour un roi glorieux.

PHALLUS
Le peuple voudra-t-il que je reste le maître
Quand il saura demain que son roi se fait mettre ?

PREPUCE
Ce détail ne doit pas vous faire reculer :
Parmi le peuple aussi, on voit des enculés.

PHALLUS
Mais plus que mes sujets, je crains de Sotopine
Et de Sucepénis la rage féminine.
Prépuce, à toutes deux il me faut annoncer
Que c'est moi maintenant qui me fait enfoncer,

PREPUCE
Que la fête du cul vers d'autres les attire,
Et pour les enfiler, Paphos a des satyres.

PHALLUS
Suis-je donc condamné, moi qui ai tant vaincu,
A vivre pédéraste et doublement cocu ?


ACTE II
SCENE PREMIERE : PHALLUS, SOTOPINE, SUCEPENIS

SOTOPINE
O toi, mon noble époux, Phallus, roi de Paphos,
Béni par Jupiter et par Dyonisos,
Toi qui, dit-on, parfois, sur le bord de la route,
Faisais loucher Vénus sur ta belle biroute.
Ah ! Toi qui fus toujours un réputé bandeur,
Vas-tu donc me priver de tes folles ardeurs ?

PHALLUS
Madame, à mon regret, je suis de la gnognote
Depuis qu'Anticoït, la reine des Gougnotes,
A surpris mon ardeur dans un piège sanglant.
J'ai gagné un royaume et j'ai perdu mon gland.

SOTOPINE
D'admiration pour toi mon entrecuisse baille.

PHALLUS
Il vous faudra, Madame, y mettre de la paille !

SUCEPENIS
Et moi, Sucepénis, votre amante en chaleur,
Devrai-je supporter cet horrible malheur ?

SOTOPINE
Mettez-y de la paille a dit cet homme veule !

SUCEPENIS
Pour taire mes désirs, il faut toute la meule.
Que vous reveniez ou vainqueur ou vaincu,
Je vous aime, Seigneur, et j'ai le feu au cul.

PHALLUS
Ah ! fille d'Aphrodite ; Ah ! courtisane avide,
Sous ma tunique, hélas, il n'y a que le vide.
Ma chère Sotopine, et vous Sucepénis,
Pour vous bien caresser le raminagrobis,
Cherchez des braquemarts qui bandent dur et ferme.

SOTOPINE
Est-ce une permission ?

PHALLUS
C'est un départ en sperme !
(Ils sortent)


SCENE II : SPHINCTER, TESTICULE

SPHINCTER
Eh bien ! cher Testicule, en rêvant dans Paphos,
As-tu planté ta tente au derrière d'Eros ?

TESTICULE
Ma tante ? A ce propos, Sphincter, roi des Pédales...

SPHINCTER
Vas-tu me reprocher quelque nouveau scandale ?

TESTICULE
Votre peuple, Seigneur, vous réclame à grands cris.

SPHINCTER
Tu mens !

TESTICULE
Qu'on me les coupe, et au ras du nombril,
S'il est en mes propos une ombre de mensonge.

SPHINCTER
Te les couper, ami ? Mais Testicule, songe
Que ce serait pour toi un supplice infamant.

TESTICULE
Ne l'est-il pas pour Phallus ?

SPHINCTER
Non, je suis son amant !
Tant pis si mes sujets me trouvent ridicule,
Mon idole est Phallus. Je l'aime et je l'encule.

TESTICULE
Et moi, Seigneur ?

SPHINCTER
Tais-toi !

TESTICULE
Je suis jaloux, j'ai mal.
Autrefois dans mon corps s'enfonçait votre pal.
Mon cul est un bougeoir qui pleure votre cierge.
Et je sens, Ô mon roi, que je redeviens vierge.

SPHINCTER
Tu désires vraiment coïter à rebours ?

TESTICULE
Oui Seigneur.

SPHINCTER
Alors, prends un cheval de labour !
(Sphincter sort)


SCENE III : TESTICULE, puis TREPONEME

TESTICULE (seul)
Délaissé par mon roi, je vais, moi, Testicule,
Draguer un plébéien qui minaude et m'adule ;
Un esclave viril ne jugeant pas odieux
De coucher sur l'autel du sacrifice aux Dieux.
De la fornication, las de faire carême,
Je vais dans ce palais... Ah! voilà Tréponème.
(Entre Tréponème)

TREPONEME
Testicule, salut!

TESTICULE
Salut, ô beau guerrier !
N'es-tu pas au combat ?

TREPONEME
Non, c'est un jour férié.

TESTICULE
Eh bien, me permets-tu sur ton ventre robuste
D'être le jardinier qui arrose l'arbuste ?
Me feras-tu l'honneur d'être ton compagnon ?

TREPONEME
Ami, pardonne-moi, j'ai horreur de l'oignon.
Pour les jeux de l'amour, je préfère la femme.
Je bande comme un cerf et pour elle je brame.

TESTICULE
La femme ne sait point te donner le plaisir :
Elle est pour le travail et non pour le loisir.
Elle est un ornement de couche conjugale,
Juste bonne à calmer une grosse fringale.
Elle offre à son époux un immonde pétard,
Baise à la paresseuse et lui pond des moutards.

TREPONEME
La vie est ainsi faite et chacun s'en contente.

TESTICULE
Chez les rustres, bien sûr, mais jamais chez les tantes.
Nous, nous ne pratiquons que l'amour raffiné.
Nous sommes caressants et nous savons piner.
Abandonne, crois-moi, ces sinistres mégères,
Pour des hommes qui ont la grâce des bergères.
Viens Tréponème, viens !

TREPONEME
Non, Testicule, non !
Tu m'as fait de la femme un portrait de guenon.
Pour elle désormais j'aurai les couilles pâles,
Mais je ne peux les mettre au derrière d'un mâle :
C'est contre ma nature et celle de nos dieux.

TESTICULE
Puéril jugement sur les maîtres des cieux !
Contre le mal d'amour, l'homme était leur remède.
Jupiter n'a-t-il pas enfilé Ganymède ?

TREPONEME
Ce pendard enfilait n'importe quelle chair,
Car il éjaculait la foudre et les éclairs.
Moi qui n'ai pas, hélas, de bite surhumaine
Je la conduis au cirque une fois pas semaine,
Et n'irai point vers toi si je change de goût.

TESTICULE
Eh bien, que feras-tu ?

TREPONEME
J'achèterai du mou !
(ils sortent)


SCENE IV : ANTICOIT, SOTOPINE, SUCEPENIS

ANTICOIT
Les affreux sont partis, venez mes tourterelles.

SUCEPENIS
Nous allions, disiez-vous, danser la pastourelle.

ANTICOIT
Ce n'était qu'un prétexte à la conversation
Que je veux avec vous pour votre conversion.

SOTOPINE
O reine Anticoït, mangeuse de quéquette,
Par la faute de qui nos conins sont en quête.
Que voulez-vous de nous, Madame ? Quid novi
Depuis qu'à mon époux vous coupâtes le vit ?

ANTICOIT
Voilà Sucepénis, et puis vous Sotopine,
Vous brûlez du bas ventre et ça vous turlupine...

SUCEPENIS
Il est à sa fureur de faire ramadan
Puisque Phallus n'a rien à lui mettre dedans !

SOTOPINE
Ce jeûne prolongé nous fait entrer en transes.

ANTICOIT
J'apporte le moyen d'abréger vos souffrances.

SUCEPENIS
Est-ce vrai ?

ANTICOIT
Oui !

SOTOPINE
Parlez !

ANTICOIT
Ne pouvant sucer d'os,
Adoptez avec moi les douceurs de Lesbos.
Laissons l'homme brutal forniquer comme un singe,
Et faisons le serment d'être des cunnilingues.
Nous serons tour à tour l'épouse et le mari.
Des caresses, jamais, le fleuve n'est tari,
Et nous y plongerons tendrement enlacées
Jusques aux profondeurs d'herbes matelassées.

SUCEPENIS
Le programme est plaisant, j'apprendrai à nager (1).

SOTOPINE
Dans l'extase je veux me laisser naufrager.

ANTICOIT
Alors, c'est oui ?

SOTOPINE et SUCEPENIS (ensemble) (2)
Oh! oui, sur de la satinette
Nos chats vont ronronner en se faisant minette.
(elles sortent)


1. Dans La première version, Racine faisait dire à Sucepénis : "Le programme est navrant, je ne sais pas nager."

2. Sucepénis répondait alors "Non !" et Sotopine, seule, disait "Oui ! sur de la satinette... ". (voir Acte III in Documentation thématique).


SCENE V : TESTICULE, SPHINCTER, PHALLUS, ANTICOIT, TREPONEME, PREPUCE

PREPUCE
A Paphos aujourd'hui, quelle infélicité !
Vénus et Cupidon règnent sur la cité,
Et l'on voit se croiser dans un joyeux dédale,
Une reine gougnote et le roi des Pédales.

SPHINCTER
Moi, le tendre Sphincter, prêchant en converti,
J'ai fait du roi Phallus un monarque inverti.

PHALLUS
Moi, Phallus, dont le cul a subi les atteintes,
J'oublie avec Sphincter ma biroute défunte.

ANTICOIT
Et moi, Anticoït, j'ai trouvé à Paphos
Tout ce qu'Hermaphrodite espérait à Lemnos.

TESTICULE
Quand paissent les troupeaux, je vais, moi, Testicule,
Avec des bergers nus, mâcher la renoncule.

TREPONEME
Moi, pauvre Tréponème, écoeuré des humains,
Sans guide et sans amour, je me prends par la main.
Dans le miroir des eaux, symbole de Narcisse,
Je vois à l'abandon ma vaillante saucisse,
Et devant tant de vices étalés sans remords,
Je cherche le trépas en me branlant à mort.


ACTE III
d'après le manuscrit retrouvé (1)

SCENE PREMIERE : ANTICOIT, SOTOPINE

(Dans la pénombre du jour finissant, les deux femmes sont blotties sur un canapé, dos au public)

ANTICOIT
Il n'en faut point douter : vous aimez, vous brûlez...
Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.
Aimez, vous n'avez plus de reproche à vous faire :
Votre flamme devient une flamme ordinaire,
Depuis que votre époux, là-bas, perdit ce nœud
Qui eût fait tout le crime, à ses yeux, de vos feux.

SOTOPINE
Je veux bien essayer de connaître à Paphos
Ces jeux qu'on dit charmants, en l'île de Lesbos.
Votre discours m'a plu. Vos paroles si douces
M'ont émue à tel point ! J'en ai le con qui mousse...

ANTICOIT
Oui. Pâle, sans haleine, interdite, éperdue,
Vous offrez un bijou, nu, enfin, à ma vue.

SOTOPINE
Sentant vos doigts vibrer sur cette raie qu'on aime
Je me prends à rêver... au vit de Tréponème.

ANTICOIT
Un vit de plébéien ! Perdez-vous la raison ?
Moi je préférerais me tondre la toison
Pour fuir en odyssée sur l'Arche de Noé
Branler du mammifère à longueur de journée !
Je conçois qu'à bien jouir on emploie tous ses soins,
Sur un divan de soie ou couchée dans le foin.
Le lieu n'importe pas, seulement la méthode :
On n'improvise pas le doigté ou le gode.
Faire miauler (2) le chat, savamment, est un art
Qu'on enseigne assez peu à ces pauvres soudards.


(1) Version originale de 1686.
(2) Cette faiblesse de la métrique faisait dire à Sainte-Beuve que Racine était plus courtisan que poète.


SCENE Il : ANTICOIT, SOTOPINE, SUCEPENIS

ANTICOIT
Alors, Sucepénis, viens-tu te joindre à nous
Pour te faire, entre amies, caresser le minou ?

SUCEPENIS
Ce n'est pas un faquin qui succède à César,
Et ce n'est pas un doigt qui remplace son dard !
J'admets qu'un doigt coquin puisse avoir des vertus,
Surtout quand en baisant on me le rentre au cul,
Mais la galanterie ne donne pas des droits
Au vulgaire médius contre le nœud bien droit.

SOTOPINE
Nous disputons en vain et ce n'est que folie :
Phallus est raccourci, il faut que tu l'oublies.
Si nous portons le deuil de sa mâle assurance,
Pourquoi ne pas céder à de tendres avances ?

SUCEPENIS
Etes-vous abusée ?, au point de profaner
L'antre du grand Phallus, et chez lui, sous son nez ?
C'est faire peu de cas des coups que vous tirâtes,
Médiocrement, je sais, vos fesses sont très plates,
Comme l'est votre esprit, misère de Paphos !
C'est ici, qu'après moi, vous lui rongiez son os ;
Quand on eut cet honneur, ingrate Sotopine,
On n'offre pas Minou à la reine des gouines !
Plutôt que de céder à des juments lubriques,

Je m'en vais me livrer à la première trique !
(Sucepénis se dirige vers la sortie avec un geste délicat de l'avant-bras)

SUCEPENIS
D'ailleurs j'en aperçois la pointe du museau
Sous la robe brodée d'un charmant jouvenceau.

SUCEPENIS
Pédale ou légionnaire, il faudra qu'il y passe !
Et faute de pédé, je prendrai des bidasses !
(Elle sort)

ANTICOIT
Laissons à l'innocente un plaisir trop vulgaire ;
Les chèvres avant elle ont plu aux légionnaires...
Qu'elle aille bourriquer gaiement dans les alpages,
Nous aurons tout loisir pour vous mettre à la page.

SOTOPINE
Je tremble, Anticoït, de désir et de peur :
Aidez-moi donc à vaincre une ultime pudeur.
Malgré moi, douce amie, je rêve d'un beau dard...

ANTICOIT
Vous rêvez de tambour. Avec moi... c'est Mozart !
(Obscurité. Petite musique de nuit)


SCENE III : ANTICOIT, SOTOPINE, PHALLUS, TREPONEME,

PREPUCE
(Avec l'aube, Tréponème fait son entrée, suivi de Phallus puis de Prépuce)

TREPONEME
Pardonnez d'interrompre un si doux entretien :
Pour vous bien informer, avec mon roi, je viens.

SOTOPINE
Phallus a-t-il quitté l'ordre de la Rondelle ?

TREPONEME
Non, J'apporte de plus incroyables nouvelles...
Seigneur, le récit même en parait effroyable !

PHALLUS
Tréponème, vas-tu enfin te mettre à table ?

TREPONEME
Sur la plaine où, jadis, Vénus fut tant aimée,
Clitoris, hier soir, ravitaillait l'armée
Par ses charmes pileux à tous les glands offerts.
Voyant plus d'un soldat marcher la crosse en l'air,
Je m'approche, pensant me joindre à la partouze
Quand surgit, affolée, la reine des Tantouzes,
Une main sur le nœud, mais qui n'est pas la sienne :
Agrippée au flambeau, Sucepénis se traîne !
Ma foi, pour une tante, il avait un beau port.

La dame s'extasie, le chatouille et le tord,
Se mettant à genoux n'en fait qu'une bouchée ;
La nuit s'emplit de cris de verge effarouchée...
Ce débat me rappelle une pipe fatale
Que vous subîtes, Sire, avant d'être pédale.
Sphincter va-t-il connaître un aussi triste sort ?
Mais non, dans ce gosier, la bite rentre et sort
Indemne, j'en témoigne, et même un peu forcie.
Le pédé glousse un peu tout en battant des cils...
Quand on vit sur la plaine en sa beauté l'aurore,
L'inverti limait dur et il bandait encore !
Les dieux en sont témoins, ce fut, depuis Hercule,
La plus belle partie de cheval à bascule.
Pour son petit dessert, la dame après cela
S'offrit trente soudards qui bivouaquaient par là.
Mon esprit est troublé. Je conçois aisément
Qu'une fille à soldats amuse un régiment.
Les cornes de mon roi n'ont pas de vraies limites,
Sucepénis a droit à s'offrir quelques bites.
Mais pour le cocufiage il est des lois secrètes :
D'accord ! Qu'on soit trompé ! Mais pas par des lopettes !
J'interrogeai le ciel, et mon Prince, et ma queue...
Déjà, Sucepénis a répondu pour eux :
La femme nous montra, baisant au kilomètre,
Comment avec justice on peut trahir un traître.
(Il se place en retrait)


SCENE IV : PHALLUS, PREPUCE, ANTICOIT, SOTOPINE, TREPONEME

PHALLUS
Tout ce que tu me dis me remplit de stupeur.

PREPUCE
On ne conçoit qu'à peine une telle verdeur !

PHALLUS
Quoi ? mes plus chers amis ? Sphincter ? Sucepénisse ?
Otant à mes lauriers et la gloire et le vice ?
Les deux que j'honorais d'une si haute estime,
A qui j'avais fait don de l'étau et la lime !
A qui j'ouvrais mon cœur et dont j'avais fait choix
Pour les plus importants et plus nobles emplois !

PREPUCE
0 les plus déloyaux que la terre ait produits !

PHALLUS
Las ! Je l'avais conquise et il m'avait séduit,
Et conduit malgré moi au rôle d'entonnoir.
Trahi par une tante et triplement cornard,
Je n'ai plus à Paphos de royaume à défendre ;
Je dois chercher ailleurs un bon peuple à reprendre.

PREPUCE
Conquérir chez les Grecs le trône des Pédales
Parait à la portée de vos troupes royales.

PHALLUS
Puisque dans ce pays les enfoirés sont rois,
Je sais qu'avec élan Prépuce me suivra.
J'ai reçu de ceux-là bien plus que ma ration,
Consentant, c'est d'accord, mais sans vraie vocation.
Si les Grecs trop jaloux du trône en déshérence,
Me prient d'aller trouver hors de chez eux des transes,
A Lesbos, après tout, je peux bien retourner
Car j'en suis le vainqueur, si je n'y suis pas né.

ANTICOIT
Ah ! monstre !

PREPUCE
   Monarque de génie, 0 Phallus,
Tu pourras à Lesbos te reposer l'anus.

PHALLUS
J'ai gardé ma raison et j'ai sauvé mes billes
Mais je suis las de tout quand je me déshabille.
Eunuque triomphant ou Pédale régnante ?
Non, je vais de ce pas descendre chez les morts
Oublier mes tourments et retrouver Nestor !
(Phallus et Prépuce sortent)

SOTOPINE
Je vous suivrai, Seigneur, jusque dans les enfers,
Si c'est pour retrouver votre pine de fer !
(Elle sort)


SCENE V : TREPONEME, ANTICOIT, SPHINCTER, TESTICULE

ANTICOIT
Oh ! Non, c'en est trop ! Elle a fui la traîtresse...

TREPONEME (à part...)
... Dans un noble trépas, digne d'une déesse !
Voici que vient Sphincter, précédé de son guide.
Et moi que fais-je ici, parmi tous ces hybrides ?
Je connais mon devoir, j'ai la bite bien née,
Je dois rester céans pour finir ma journée.

SPHINCTER, entrant, suivi de Testicule.
Nos hommages, Madame.

ANTICOIT
   Allez vous faire mettre !

TESTICULE
Mais quel est ce malheur que je viens de connaître ?
Mes craintes, doux Seigneur, ont précédé mes larmes.
Aimant, j'ai voulu croire à de fausses alarmes :
Quel charme aurait pour vous la molle créature ?

SPHINCTER
Ami, étouffez là un courroux immature.
Le roi Phallus est mort ; je baise sa maîtresse :
Son trône me revient de par le droit des fesses.
Ma fougue d'étalon, et mon cœur, et ma flamme
Je m'en vais désormais les dédier aux femmes.

TESTICULE
Ne concevez-vous point ce que, dès qu'on l'entend
Un tel mot à l'esprit offre de... dégoûtant ?

SPHINCTER
Mon jeune Testicule, oubliez nos ébats.

TESTICULE
Sire, que votre goût est d'un étage bas !
A de plus fiers objets élevez vos désirs !
Les mâles seuls savaient vos lyriques plaisirs :
Mon cul était poète... et vous baisez en prose !

SPHINCTER
Je passe de l'œillet à la vallée des roses.

TESTICULE
Au bon temps de la voile, on vous aimait, Seigneur !
Mon cœur est en lambeaux de vous voir à vapeur.
Je crains pour votre vie (1), sur un vaisseau sans quille :
Et s'il vous faut périr, que ce soit en famille.
C'est à la poupe enfin, sauf que je sois ignare,
Qu'il vaut mieux se placer pour bien tenir la barre...

SPHINCTER
La poupe m'a lassé ; je veux être au beaupré.

TESTICULE
Pour votre repentir, je me tiens toujours prêt...

SPHINCTER
Brisons là, voulez vous ? Ce discours m'importune.

TESTICULE
Puisque le Roi trahit le pacte de la Lune,
Je m'en vais me jeter sous des légions entières !
Et s'il faut succomber, ce sera par derrière !
(Il sort)


(1) Orthographe non attestée dans le manuscrit de 1686


SCENE VI : SPHINCTER, ANTICOIT, TREPONEME

SPHINCTER
0 rage ! 0 mon bougeoir ! 0 femelle ennemie !
Moi, qui n'ai bien vécu que par la sodomie,
Je sens en quelque endroit la foi m'abandonner.
J'avance sans effort - on m'a beaucoup poussé -
Mais je tremble et j'ai peur, Ciel ! depuis que je sais
Un détail effrayant dans les mœurs des amantes :

Elles poussent des cris, en baisant, les démentes !
Alors, au son du corps, et ce n'est pas inné, (1)
Je vais, comme Hannibal, franchir le périnée.
(Il sort)


(1) On notera l'audace poétique du grand Racine qui mêle, et parce que le sujet s'y prête, la rime masculine et la rime féminine.


SCENE VII : ANTICOIT, TREPONEME

ANTICOIT, se croyant seule
Voilà enfin partis ces horribles gêneurs !
Ah ! ils sont beaux les mecs ! et quelle puanteur !
Insupportable engeance ! 0 l'infini tourment !
L'homme, l'unique objet de tous leurs boniments !
L'homme, qui se croit maître et que ma chatte abhorre !
L'homme, enfin que je hais, surtout quand il pérore !
Monstre, qui transforma la douce Clitorisse
En ardente furie du trombone à coulisse !
Bête, que la nature égarée concevit
Et qui veut fourvoyer dans notre con son vit !
Puisse la gent pédale, ensemble conjurée,
Broyer son fondement et le mettre en purée !
Puissé-je de mes yeux y voir tomber la foudre,
Voir ses roustons flétris et son moignon en poudre !
Voir le dernier macho, à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !

TREPONEME, s'avance, menaçant, vers Anticoït qui recule effrayée
Tu parles de plaisir ?...

ANTICOIT
   Ciel ! Un singe !

TREPONEME
   Oui, Chérie !
Un singe et son bambou lâché dans la prairie.
(Tréponème poursuit Anticoït qui s'enfui, en hurlant. On entend des feulements déchirants derrière le théâtre)

TREPONEME, revenant sur le théâtre
Ainsi doit-on punir à coups de braquemart
Quinconque insulte ici le moignon de César !

FIN

Entrée majestueuse du Cardinal de Marsa dans le rôle de TREPONEME.
"Mais quel air consterné !" déclare SOTOPINE (ACTE I, SCENE II).


Annexes :
Annexe I
Annexe II

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